L’hyper-parentalité : parent « hélicoptère », « drone » ou « curling » ?

Grâce à la généralisation de la contraception puis de la procréation assistée, devenir parent semble être devenu de nos jours un acte volontaire et programmé. Dans la plupart des cas, avant même la naissance, deux adultes décident de concevoir un enfant, de l’éduquer et de veiller à son épanouissement. Les parents endossent une nouvelle responsabilité : celle de la qualité du parcours de vie de leur enfant. Pour les parents, leur enfant devient, au-delà d’un « heureux événement », l’objet d’un investissement enthousiaste. Ce dernier peut néanmoins s’avérer écrasant au fil des ans...

En effet, s’il est difficile pour tout parent de voir son enfant confronté aux difficultés de l’existence, dans l’inconfort ou sujet à un possible malheur, certains se sentent particulièrement coupables (ou maîtres) de la vie de leur progéniture. Ces parents en deviennent complètement stressés, oppressés et fatigués, oubliant leurs propres besoins. Condamnés à réussir la très exigeante mission éducative qu’ils se sont fixée : offrir à l’enfant ce qu’il y a de mieux (et uniquement ça), lui permettre de tout réussir en lui évitant les échecs, ne lui faire vivre que des émotions positives... Ce que l’on nomme « l’hyper-parentalité » désigne cette forme d’éducation parentale, cette tendance de parents très exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes, au point que cela puisse aussi se reporter sur le bien-être de l’enfant.

enfants

Les 3 symptômes de l’hyper-parentalité                                    

L’hyper-parentalité se manifeste généralement par l’apparition de trois symptômes qui ont tendance à se renforcer mutuellement. Ils apparaissent dès la conception de l’enfant pour faire ensuite sentir leurs effets sur l’ensemble de son parcours éducatif, à chaque étape de son développement.

1. Le symptôme du « parent-hélicoptère » qui contrôle tout

Ce type de parent a la volonté de contrôler tout ce qui se passe dans et autour de la vie de l’enfant. Il tourne autour de son enfant en manifestant une vigilance exacerbée et constante à propos de tout ce qu’il vit : « Que fais-tu ? Où vas-tu ? Qui fréquentes-tu ? ».  Le parent hélicoptère émet des injonctions souvent contradictoires favorisant le contrôle permanent de l’enfant, tout en promouvant en apparence son indépendance. C’est par exemple ce symptôme qui amène le parent à s’inquiéter chaque fois que son enfant s’éloigne de plus de 300 mètres.

2. Le symptôme de « parent-drone » qui n’accepte que le meilleur du meilleur 

Il s’agit du parent qui ne tolère que ce qui lui semble être le meilleur pour son enfant, tant sur le plan éducatif que concernant son développement personnel. La meilleure école, le meilleur jeu, le meilleur dessin animé, les meilleures fréquentations, la meilleure alimentation… et tant pis pour la mixité sociale, l’amusement ou la prise de risques. Ce trouble du comportement amène le parent à ne tolérer que la recherche d’émotions positives (la joie), en éliminant tristesse, colère, peur ou dégoût. Le seul but est de conduire l’enfant à une réussite incontestable, à un bonheur indiscutable. L’exploration d’une grande palette d’émotions est pourtant indispensable à la construction de son intelligence émotionnelle.

3. Le symptôme du « parent-curling » qui ne vit que pour accompagner son enfant  

Cette métaphore évoque ce balayage particulièrement frénétique et énergivore que font les parents obnubilés par l’idée de participer à la réalisation du bonheur de leur enfant. Ils focalisent toute leur attention sur l’enfant, se concentrant sur un accompagnement actif et intensif dans son développement. Les parents-curling perdent de vue que la réussite de l’éducation dépend surtout du « lancer-lâcher » initial (mettre son enfant sur de bonnes voies et le laisser suivre son chemin). Ils imaginent pouvoir exercer une influence déterminante sur la trajectoire de l’enfant, ce qui n’est en fait qu’une illusion de contrôle. Il s’agit par exemple de l’insupportable parent-supporter qui met sur son enfant une pression insoutenable dans la pratique d’un sport.

De l’hyper-parentalité au burn-out parental

maman et fusée

Stressé et écrasé par le poids de la définition qu’il se fait de sa fonction, l’hyper-parent présente un risque accru de développer un burn-out parental. A force de s’imposer des exigences excessives, il s’épuise à remplir le cahier des charges démesuré qu’il s’est imposé. Il faut reconnaître que le contexte sociétal actuel ne favorise pas l’exercice serein de la parentalité face à un marché de l’emploi bouché et une précarité croissante. Lorsque le parent rentre dans un désespoir qui se traduit par une démobilisation, voire une démission dans son métier de parent, le risque est un retrait massif de tout investissement parental dont l’enfant fera les frais.

Les risques de l’hyper-parentalité sont en effet tout aussi importants pour l’enfant. L’injonction qui lui est donnée d’être toujours heureux et de réaliser un parcours sans faute le contraint à rassurer en permanence un parent angoissé par le plus petit échec. Dans sa forme la plus grave, l’hyper-parentalité fatigue l’enfant autant qu’il épuise le parent : phobies scolaires, troubles de l’apprentissage, haut-potentiels et autres difficultés éducatives contemporaines viennent souvent masquer le diagnostic d’un trouble plus profond.

Pour éviter d’être un hyper-parent 

Tout faire pour son enfant, c’est aussi s’étouffer pour lui. Et ce n’est pas ce qui est attendu d’un parent. Pour grandir et s’épanouir, les enfants ont besoin de parents qui respirent et prennent du temps pour eux.

L’éducation consiste essentiellement à faire « le mieux possible » en vue d’accompagner son enfant dans son développement, sans en anticiper l’issue et sans en formater trop rigoureusement le cheminement. Concrètement :

  • Arrêter de chercher à être un parent parfait. Cela constitue le premier pas vers une forme de modestie dans l’action éducative.
  • Accepter que chacun, parent et enfant, à le droit de se tromper, de commettre des erreurs, de prendre son temps pour progresser et de tâtonner pour avancer.
  • Laisser une place à l’aléatoire en offrant un espace à tout ce qui, dans une existence, dépend d’un autre que soi (par exemple ses émotions et ses sentiments).
  • Se rappeler qu’une éducation réussie prend le plus souvent la forme d’un savoureux cocktail constitué d’une juste mesure d’intérêt bienveillant, d’un zeste de délicatesse affective et d’une énorme dose de sérénité.